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Sous les auspices de l’IFAO et de l’ UMR 5140 du CNRS-univ. Montpellier 3, la mission d’étude du temple d’Ermant s’est déroulée du 1er au 30 novembre 2010. Ont pris part à la mission : Christophe Thiers (égyptologue, USR 3172-CFEETK, chef de mission), Hassân El-Amir (restaurateur, IFAO), Sébastien Biston-Moulin (égyptologue, USR 3172-CFEETK), Romain DAVID (céramologue, univ. Montpellier 3), Catherine Defernez (archéologue-céramologue, UMR 8152-univ. Paris Sorbonne), Jean-François Gout (photographe, USR 3172-CFEETK). Le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes était représenté par M. Amer Amin El-Hifni (inspectorat d’Esna) et Mme Nubia Kamel Malak (restauratrice, inspectorat d’Esna). Nos remerciements s’adressent à M. Mansour Boraik, Directeur des antiquités de Haute Égypte, et à M. Abd el-Hadi, Directeur de l’inspectorat d’Esna.

LE TEMPLE DE MONTOU-RÊ
Dans les fondations du pronaos, à proximité du lieu de découverte de la stèle de Kamosis au cours des deux dernières saisons, une fosse quadrangulaire laissée par les bâtisseurs antiques a été mise au jour. Cinq fosses similaires étaient déjà connues dans les fondations du pronaos ; elles avaient cependant déjà été vidées lors des fouilles anglaises des années 1930-1940. La possibilité de fouiller une telle fosse permettait d’envisager une meilleure compréhension des procédés d’élaboration du pronaos ainsi qu’une date de construction.
La fosse était comblée de niveaux de déchets de construction (fragments de grès dont quelques remplois, couches d’éclats de calcaire ; fig. 1) entre lesquels a été mis en évidence un niveau limoneux cendreux contenant de nombreuses inclusions charbonneuses. Bien que peu nombreux, le mobilier céramique a fourni une datation fort surprenante, associant cette couche à la période ramesside. Ainsi, aucun élément de datation probant concernant la fondation du pronaos n’a été fourni par cette fouille. On doit supposer que cette couche ramesside a vraisemblablement été prélevée par les bâtisseurs gréco-romains à proximité du chantier de construction, dans un niveau de déchets domestiques.
Comme cela avait été vu en 2007 dans une fosse voisine, la première assise de bloc au fond de la fosse est constituée de blocs au nom de Thoutmosis III (fig. 2). L’un de ces blocs de remploi appartient au bandeau supérieur d’une paroi de temple portant un cartouche monumental de Thoutmosis III (fig. 3), deux autres sont des tambours de colonne.

 

      


Fig. 1-2. La fosse dans la fondation du pronaos, au début et à la fin de la fouille © Chr. Thiers.

 


Fig. 3. Bloc remployé portant un cartouche monumental de Thoutmosis III © Chr. Thiers.

 

La tâche principale de cette saison a été le nettoyage du talus de débris laissé par les fouilleurs anglais sur l’emplacement du pronaos, dans la partie sud-ouest. Une part notable des niveaux de destruction du temple a été enlevée mais sans toutefois atteindre les assises de fondation du pronaos.
Parmi les débris, deux fragments en granite appartenant à un seuil de porte ont été découverts, ainsi qu’un fragment de paroi de grande taille en calcaire du Moyen Empire au nom d’Amenemhat Ier (fig. 4). Au-dessous d’une frise de khekerou et d’un vautour-Nekhbet, le roi, dont il ne reste qu’une partie de la couronne rouge, est suivi de Montou hiéracocéphale

 


Fig. 4. Fragment de paroi en calcaire du temple d’Amenemhat Ier © Chr. Thiers.

 

DOCUMENTATION ÉPIGRAPHIQUE
Sébastien Biston-Moulin a poursuivi l’étude des remplois du Nouvel Empire conservés dans les fondations du pronaos. Le dessin des architraves de Thoutmosis III reposant sur la bordure ouest du pronaos a été réalisé. Ce faisant, un bloc a été déplacé et a permis de mettre au jour un relief représentant vraisemblablement Thoutmosis III dans une scène classique d’abattage des ennemis (fig. 5). Un bloc de remploi mis en évidence au cours de la mission 2007 portait la représentation de jambes appartenant probablement à ce type de scène.
La stèle de Kamosis a fait l’objet d’un examen afin de collationner le fac-similé réalisé en 2009. Quelques fragments de petite taille ont pu être recollés dans la partie inférieure droite de la stèle mais sans toutefois apporter de complément significatif à la compréhension de cette partie du texte.
Christophe Thiers a achevé le relevé du pylône du Nouvel Empire par le dessin de l’ensemble des textes et des scènes ramessides gravés sur la façade et dans le passage de la porte ; deux blocs appartenant à la décoration du pylône ont été relevés. Quatre blocs découverts fortuitement à l’extérieur de l’enceinte du temple en mai 2009 ont été inventoriés et dessinés. Trois d’entre eux appartiennent à la corniche extérieure du temple au nom de Ptolémée Néos Dionysos.

 


Fig. 5. Bloc de grès représentant Thoutmosis III (© Chr. Thiers).


ÉTUDES CÉRAMOLOGIQUES

Romain David et Catherine Defernez ont étudié la céramique (Ve-VIIIe siècles) issue du sondage pratiqué en 2006-2007. Ce travail a permis de compléter la typologie établie en 2008 et 2009. Plusieurs ostraca coptes ont été identifiés. Le mobilier céramique mis au jour dans la fosse du pronaos (supra) a été étudié, livrant une datation à l’époque ramesside, avec probablement quelques tessons intrusifs du Moyen Empire.

BAB EL-MAGANÎN
Le début de la saison a été consacré au nettoyage d’un mur mitoyen qui s’était effondré dans la zone archéologique de Bab el-Maganîn.
Le relevé épigraphique de blocs ptolémaïques et romains a été assuré par Chr. Thiers, complétant ainsi les travaux déjà réalisés sur cette documentation. La majeure partie de cette documentation est désormais disponible en fac-similé, à l’exception de quelques blocs non encore accessible gisant contre le montant de la porte d’Antonin le Pieux. La plupart de ces blocs appartiennent à une porte monumentale au nom de Ptolémée Philométor.
Un important programme de consolidation et de conservation des blocs de grés a été entrepris cette saison. Hassan el-Amir (IFAO) a restauré de nombreux blocs par un traitement de silicate d’éthyle, assurant une cohésion de la pierre et stoppant le processus d’arénisation. Des goujonnages à l’aide de tiges en acier inoxydable ont été nécessaires. La poursuite de ce travail de restauration pourra permettre à l’avenir le déplacement des blocs dans l’enceinte du temple de Moutou-Rê et ainsi proposer des anastyloses qui en assureront la conservation.

 

Christophe Thiers


Dernière modification : 29-05-2014

Ermant : Rapport de la mission 2010





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